Grandir au bord du fleuve est une chance inouïe. J’ai pu être infiniment aimée par ma famille et par la nature apaisante qui m’entourait. Une enfance unique et merveilleuse.

Plus tard, j’ai voulu plus : plus large, plus loin, plus rocambolesque. Je me suis donc laissé porter par le courant du Saint-Laurent en provenance du petit village bordé d’eau douce de Saint-Louis de Lotbinière. Ma dérive s’est arrêtée à Sainte-Anne-des-Monts, là où la vie est concentrée en sel de mer, plus rustique et escarpée. Je me suis à la fois amourachée de gens et écorchée à trop les aimer. Baignades en eaux froides et randonnées, les montagnes et la mer m’ont envoûtée. Mon cœur s’est avivé devant tant de beauté et s’est fracassé en éclats de verre tellement il s’est rempli de calamités.

Brisée, coupante, piquante à force d’amitiés douloureuses et de peines d’amour, j’ai d’instinct remonté le fleuve, à contre-courant.

Après un long voyage au large, je me suis finalement déposée, polie par l’eau salée.

Rimouski m’a accueillie et guérie. Elle m’a rapprochée de mon village natal, de mes origines, et m’a appris à me réconcilier avec mes expériences du passé.

Mes proches sont mes pieds de vent, faisant ressortir mon côté robuste et étincelant en cas de mauvais temps. Les embruns viennent et vont, mais ne m’atteignent plus autant qu’avant, car je sais maintenant que je suis un trésor forgé par l’élément de la nature le plus puissant et apaisant : le fleuve Saint-Laurent.